proposition subordonnée conjonctive
Dans les vers ci-dessous de Rimbaud, est-ce que : « qu’on aperçoit un tout petit chiffon / D’azur sombre, encadré d’une petite branche, / Piqué d’une mauvaise étoile » est une proposition subordonnée conjonctive complétive ou je me trompe totalement ? (J’hésite car : est-ce que « Voilà » peut être la proposition principale ?)
– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile
Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile
En effet ici, on peut considérer que voilà tient lieu de principale et qu’on aperçoit… est une proposition subordonnée conjonctive COD.
C’est ce qui est dit dans le TLF : [Introduit un développement nouveau]
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Je me fais pourtant la réflexion suivante.
Si on procède par substitution, ce n’est pas un verbe qui apparaît mais un indicateur temporel : Et alors on aperçoit…
Voilà… étoile pourrait être une proposition indépendante coordonnée à la proposition précédente : Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin -/A des parfums de vigne et des parfums de bière…
Mais il y a changement de strophe après les points de suspension et on peut considérer « voilà que » comme l’équivalent approximatif d’un adverbe : soudain on aperçoit..
Désolée de ne pas vous donner une réponse unique. On va attendre ce qu’en disent d’autres intervenants.
Intéressante réflexion. Voyons ce qu’en disent les autres. Grand merci, Tara !
Bonsoir,
Grevisse et Goosse (Le bon usage) excluent toute notion de subordonnée complétive qu’ils jugent restrictive et inadaptée. Ils classent la plupart des propositions non relatives introduites par que dans la catégorie des propositions conjonctives essentielles. Celle que vous citez est simplement annoncée par un introducteur (voici, voilà, c’est) et il n’y a à chercher ni subordonnée, ni principale. Au crédit de cette interprétation, on pourrait remplacer Voilà que par À ce moment-là sans plus de signifiance : « À ce moment-là, on aperçoit un tout petit chiffon… »
Riegel, Pellat et Rioul (Grammaire méthodique du français) considèrent une catégorie de phrases atypiques parmi lesquelles les phrases à présentatif où ce présentatif est suivi d’un constituant qui « fonctionne » comme un complément. Ce constituant peut être une subordonnée complétive (Voilà que le soleil se lève / Voici comment faire.) Au crédit de cette interprétation, on pourrait se référer à l’étymologie du présentatif voilà : « Vois là qu’il pleut. » « Vois là qu’on aperçoit un tout petit chiffon…«